Pourquoi viser le résultat vous fait échouer : la leçon de deux abandons sur 100 miles

Journal mental d'un préparateur — Article 7

J'ai abandonné deux fois la même course

C'est une course de 100 miles dans les Alpes. Deux tentatives, deux abandons. La même course, le même parcours, presque les mêmes conditions.

Les deux fois, je suis parti avec un objectif de temps. Un résultat en tête. Et les deux fois, la course m'a pris à défaut à mi-parcours.

Ce n'est pas la montagne qui m'a battu. C'est ma façon de courir. J'ai mis des années à comprendre ce que ces deux abandons m'ont appris.

Je courais mon plan, pas ma course

J'avais construit un plan de course précis. Allures par segment, temps de passage à chaque ravitaillement, temps de récupération calculés. J'avais tout prévu.

Sauf que la course réelle ne ressemble jamais au plan. Il y a le vent, la chaleur, les crampes, un terrain différent de l'entraînement, une nuit plus froide que prévu.

Mes deux abandons se ressemblent : à chaque fois, j'ai refusé de lâcher mon plan. Je m'accrochais à l'objectif de temps parce que c'était ça, le résultat que je voulais atteindre.

Quand la course déviait du plan, je forçais. Je ne gérais plus mon corps. Je gérais l'écart entre mon chrono prévu et mon chrono réel.

Et à chaque fois, c'est ce forçage qui m'a cassé.

L'erreur de cible

Le résultat — le temps de course — est une chose que je ne maîtrise pas. Je peux courir vite, me préparer sérieusement, faire tout juste. Et tomber malade trois jours avant le départ.

Ce que je maîtrise, c'est comment je cours. Mon rythme d'effort, ma gestion de l'alimentation et de l'hydratation, mes décisions à chaque ravitaillement, mon attitude mentale dans les passages difficiles.

En visant le résultat, j'avais mis toute mon attention sur ce que je ne contrôlais pas. Et je m'étais coupé de ce que je contrôlais vraiment.

Vous faites la même erreur dans votre entreprise

Vous avez un objectif de chiffre d'affaires. Un cap de croissance. Un résultat à atteindre pour l'année. C'est légitime. C'est même nécessaire.

Mais si vous passez vos journées à regarder l'écart entre le résultat prévu et le résultat actuel, vous faites la même chose que moi dans les Alpes : vous gérez l'écart, pas votre course.

Le chiffre d'affaires final, vous ne le maîtrisez pas directement. Vous maîtrisez comment vous prospectez, comment vous écoutez vos clients, comment vous prenez vos décisions, comment vous gérez votre énergie.

Quand vous fixez toute votre attention sur le résultat, vous vous coupez de ces leviers. Et vous commencez à forcer là où il faudrait juste courir juste.

Ce n'est pas en regardant le compteur plus souvent qu'on avance plus vite. C'est en roulant mieux.

Déplacez votre cible sur le comment

Lors de ma troisième tentative, j'ai changé d'objectif. Je n'avais plus de temps cible. J'avais des engagements sur comment je courais : allure d'effort stable, alimentation toutes les 45 minutes, une décision consciente à chaque ravitaillement.

J'ai fini la course.

Pas avec le temps que j'aurais voulu. Mais j'ai fini. Parce que j'avais mis mon attention là où elle avait du sens.

Ce que ça change

Quand vous déplacez votre cible du résultat au comment, quelque chose se libère. Vous n'êtes plus sous la pression d'un écart que vous ne contrôlez pas. Vous êtes dans l'action que vous contrôlez.

Vous prenez de meilleures décisions, parce que vous n'êtes plus dans l'angoisse du résultat. Vous écoutez mieux vos clients, vos équipes, vos chiffres — parce que vous cherchez des informations utiles, pas une confirmation que vous êtes sur la bonne trajectoire.

Et paradoxalement, vous obtenez de meilleurs résultats. Pas parce que vous y avez moins pensé. Mais parce que vous avez mis votre énergie là où elle crée de la valeur.

C'est le même mécanisme pour le coureur et pour le dirigeant : ceux qui finissent les courses difficiles ne sont pas ceux qui voulaient le plus arriver. Ce sont ceux qui ont su courir juste.

La question

La prochaine fois que vous regardez vos chiffres avec ce sentiment d'impuissance — « je voudrais que ça aille plus vite, mais ça ne tient pas qu'à moi » — posez-vous cette question.

Sur quoi est-ce que je mets réellement mon attention en ce moment ? Sur le résultat que je veux ? Ou sur ce que je fais aujourd'hui pour avancer ?

Ce déplacement de regard — du résultat vers le comment — est l'un des changements les plus simples et les plus puissants qu'un dirigeant puisse faire. Ce n'est pas du lâcher-prise. C'est du pilotage.

— Laurent MOSSOTTO

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