Préparation mentale du dirigeant : pourquoi le vrai plafond n'est pas stratégique, il est mental
Journal mental d'un préparateur — Article 8

Six mois pour remonter dans un arbre
J'ai eu un accident. Rien de grave physiquement — quelques semaines et le corps était réparé. Mais mentalement, il m'a fallu six mois.
J'étais arboriste-élagueur. Mon métier, c'était de travailler à vingt mètres du sol. Et après l'accident, chaque fois que je remontais dans un arbre, mon cœur s'emballait. Mes mains devenaient moites. Ma concentration se fragmentait. Je savais que l'arbre était sûr. Je le savais parfaitement, avec ma tête. Mais mon corps, lui, ne le savait pas.
C'est là que j'ai compris quelque chose que je n'ai retrouvé dans aucun livre : la logique seule ne répare pas tout. Le corps garde en mémoire ce que la tête refuse de traiter. Et tant qu'on ne va pas chercher la chose à sa racine, elle continue de tourner.
Cette expérience est devenue mon métier. Aujourd'hui, j'accompagne des dirigeants. Et je retrouve chez eux, transposé au bureau, exactement ce que j'ai vécu en haut de mon arbre.
Le jour où pousser plus fort ne suffit plus
Vous dirigez. Vous prenez des dizaines de décisions par jour, souvent seul. Et depuis quelque temps, quelque chose coince.
Le stress ne redescend plus le soir. La clarté que vous aviez en lançant votre projet, vous ne la retrouvez plus. Et surtout — le symptôme le plus parlant — il y a des choses que vous savez devoir faire, et que vous ne faites pas. Vous connaissez la bonne décision. Vous ne la prenez pas.
Votre premier réflexe, c'est de pousser plus fort. C'est un réflexe de sportif d'endurance : quand ça résiste, on serre les dents, on s'accroche, on encaisse. Ça a toujours marché. Sauf que là, ça ne produit plus les mêmes effets. Vous poussez, et rien ne bouge.
Peut-être avez-vous essayé le coaching business. C'est utile pour la stratégie — le business plan, les process, les indicateurs. Mais vous avez senti que votre blocage n'était pas là. Votre stratégie, vous la connaissez. Le problème n'est pas de savoir quoi faire.
Le problème visible n'est presque jamais le vrai problème.
Quand vous savez exactement quoi faire et que vous ne le faites pas, votre plafond n'est plus stratégique. Il est mental. Et un plafond mental ne se défonce pas en poussant plus fort. Il se traite en allant voir ce qui, en dessous, bloque vraiment.
Les blocages invisibles qui freinent vos décisions
Au fil des accompagnements, et de ma propre expérience de dirigeant, les mêmes blocages reviennent. Ils sont rarement là où on les cherche. En voici six, parmi les plus fréquents. Chacun mérite qu'on s'y arrête — et j'ai consacré un article de fond à chacun.
La souffrance devenue normale.
Beaucoup de dirigeants fonctionnent dans la souffrance depuis si longtemps qu'ils ne la voient plus. Ils la prennent pour le prix à payer. Mais la douleur de diriger — décider, arbitrer, porter — est inévitable, alors que la souffrance qu'on rajoute par-dessus ne l'est pas. C'est tout l'enjeu d'apprendre à diriger sans souffrir inutilement.
La raison qui s'use.
On croit diriger pour les chiffres. Mais un chiffre n'est qu'un moyen. Quand la vraie raison qui vous portait se vide — sans que vous vous en rendiez compte — la motivation s'évapore et vous dirigez à vide. Encore faut-il savoir pourquoi vous dirigez vraiment.
Le stress mal lu.
Le stress n'est pas votre ennemi : bien réglé, il vous prépare à l'effort, comme avant une course. Le problème, c'est quand une situation bascule de la lecture défi à la lecture menace, et que le stress se met à fausser vos décisions au lieu de les servir. Car non, le but n'est pas de supprimer le stress — c'est de le ramener dans sa juste place.
La peur qu'on n'écoute pas.
On apprend aux dirigeants à avoir honte d'avoir peur. C'est une erreur : la peur est un détecteur de danger précieux. Le travail n'est pas de la faire taire, mais de l'écouter sans la laisser décider à votre place.
Le résultat qui obsède.
Viser le résultat — le chiffre, le contrat, la part de marché — vous attache à ce que vous ne maîtrisez pas et vous coupe de votre exécution réelle. J'ai abandonné deux ultras pour cette raison exacte. La performance se joue ailleurs : sur ce que vous maîtrisez, pas sur le résultat que vous fixez.
L'incertitude qu'on voudrait fuir.
Face à l'imprévisible, le réflexe est de chercher des certitudes, d'accumuler les chiffres, de tout vouloir prévoir. C'est précisément ce qui rend rigide au pire moment. L'incertitude ne s'élimine pas — elle se travaille, comme une matière. C'est l'objet de diriger dans l'incertitude.
Ces six blocages ont un point commun. Aucun ne se résout par plus de stratégie ou plus de volonté. Tous demandent d'aller voir, en dessous, ce qui se joue vraiment.
Si vous pratiquez un sport d'endurance — trail, triathlon, course à pied — vous partez avec une longueur d'avance. Ce n'est pas un prérequis, mais c'est un accélérateur.
Parce que vous avez déjà, dans le corps, des compétences qui se transposent directement à la direction d'entreprise. Vous savez ce qu'est la contrainte qui dure. Vous savez tenir dans l'effort quand une partie de vous voudrait s'arrêter. Et surtout, vous savez lire vos sensations — distinguer la douleur qui renseigne de celle qui alarme, sentir quand votre allure n'est pas la bonne, ajuster en temps réel.
Ces compétences-là sont exactement celles qu'il faut pour décider sous pression. Le coureur qui sait lire son corps au kilomètre 80 est le même dirigeant qui peut apprendre à lire son état avant une décision difficile. La passerelle existe déjà. Mon travail, c'est de vous aider à l'emprunter consciemment.
C'est aussi pour ça que je ne suis pas un coach de bien-être. Je suis un technicien du mental, formé sur le terrain — vingt-cinq ans à vingt mètres du sol, vingt ans à la tête d'une entreprise, trente ans de compétition d'endurance. Tout ce que je transmets, je l'ai d'abord vécu dans ma peau.
Performer en paix, ce n'est pas performer moins. Ce n'est pas lever le pied, se contenter de peu, renoncer à l'ambition.
C'est arrêter de vous battre contre vous-même pour avancer.
La plupart des dirigeants que j'accompagne ne manquent ni de talent ni d'énergie. Ils dépensent simplement une partie considérable de leurs forces dans un combat intérieur invisible : la souffrance qu'ils s'infligent, la peur qu'ils répriment, le sens qu'ils ont perdu, le stress qu'ils ne savent plus lire. Quand on désactive ces blocages, cette énergie redevient disponible.
Pour décider. Pour agir. Pour avancer sans le poids permanent qu'on avait fini par croire normal.
Le vrai plafond n'a jamais été votre stratégie. Il était dans la façon dont vous vous portez vous-même. Et ça, ça se travaille.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes — le stress qui ne redescend pas, les décisions que vous repoussez, la clarté perdue — ce n'est pas une fatalité, et ce n'est pas un manque de volonté.
C'est un blocage invisible. Et un blocage, ça s'identifie et ça se traite.
Le premier pas, c'est un échange de 30 minutes. Sans engagement, sans pitch commercial. On regarde votre situation, et je vous dis honnêtement si je pense pouvoir vous aider. Si ce n'est pas le bon moment ou le bon format, je vous le dirai.
— Laurent MOSSOTTO
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